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Adrien Van Beveren raconte l'Enduro del Verano en Argentine « Je n'avais pas l'arme... »

Article ajouté le 06/03/2014

Rentré lundi dernier seulement de l’Enduro del Verano en Argentine, le Nordiste a profité des attraits de l’océan et de la sympathique station balnéaire de Villa Gesell, y passant une semaine de vacances après la course. Faut dire qu’Adrien, qui parle espagnol, est là-bas comme chez lui, au bout de quatre participations…


Il adore le pays, les gens, l’ambiance, la course, même si cette année, il l’a bien ressenti, la situation économique s’est sensiblement dégradée, ce qui n’a pas été sans lui poser quelques problèmes, comme on va voir. En effet, le peso, la monnaie locale (qui bénéficiait de la parité, 1 peso = 1 dollar, dans les années 90) a été fortement dévalué ces derniers mois (– 24% en 2013 !), aussi aujourd’hui faut-il 8 pesos pour faire un $ US, voire jusqu’à 13 au marché noir ! Par conséquent l’Argentine souffre d’une inflation galopante (on s’attend à… 30% cette année) et, malgré la forte croissance enregistrée dans les années 2003-2009 (grâce à la flambée des prix des matières premières, et notamment du soja, devenu la principale richesse agricole locale), faute d’avoir su profiter d’un excédent commercial important, les responsables « oubliant » de diversifier les activités industrielles et d’investir à bon escient, l’immense pays des gauchos se retrouve à nouveau dans une bien mauvaise passe. Traumatisés par la « faillite » qui avait laminé leur pays en 2001, comme par les nombreuses secousses qui ont ébranlé la région depuis quarante ans, les Argentins (ceux qui le peuvent !) ont pris l’habitude de faire des réserves de dollars. D’où, ces derniers mois, toutes sortes de mesures gouvernementales pour tâcher de limiter les dégâts : ainsi la présidente Cristina Kirchner a-t-elle choisi la dévaluation d’un côté (- 13% fin janvier) et des procédures radicales de contrôle des changes et de taxation des importations. Ce qui, pour en revenir, après ce petit cours d’économie, à nos moutons, explique que Yamaha-Argentine, les motos importées étant actuellement taxées à 100%, n’avait pas de 450 YZF dernier cri pour Adrien. Il avait été prévenu, il savait qu’il devrait se contenter d’un modèle 2013 et avait donc emporté avec lui des pièces qui lui restaient de l’an dernier. Seulement, pas de chance, le boîtier GET n’a pas aimé les basses températures de la soute à bagages de l’avion et, une fois installé, a refusé tout service. Problème, puisque tout ce qui avait été apporté était calibré pour fonctionner avec ce boîtier spécifique. Et en particulier la ligne d’échappement Doma prévue. N’ayant rien d’autre sous la main, il a bien fallu monter ces pièces et les utiliser, mais inutile de dire que les perfs de la moto n’étaient pas tout à fait celles, loin de là, auxquelles notre homme est habitué !


« C’était un peu décevant, c’est sûr, mais bon, il ne servait à rien de se morfondre non plus : j’ai fait avec, point. D’ailleurs, j’ai même remporté le supercross organisé le vendredi soir en lever de rideau, au pied des tribunes, dans la zone de départ. C’est cool, cette idée de SX sur le sable, avec des virages relevés et des sauts, toujours très fun. J’ai eu un peu de mal à prendre le rythme, sur cette moto, mais j’ai vite retrouvé des sensations et j’ai gagné la finale. Le dimanche, j’ai même dû partir en tête mais, dans la longue ligne droite, faute de chevaux, je me suis rapidement fait déboîter de partout ! Felipe Ellis, officiel Kawasaki-Argentine, qui disposait d’une KXF kitée 490 d’enfer (son mécano a fait un stage chez Pro Circuit aux USA) a tout de suite filé devant, il était carrément « insuivable ». Moi, je n’avais pas l’arme, en tous cas, pour rivaliser. Comme l’an dernier, j’ai bagarré avec l’Américain Taylor Robert, qui pilote désormais pour KTM. Là, il devait avoir une machine plus ou moins standard, à peine plus vite que la mienne, en fait. Bref, je finis trois, mais je pense qu’il était absolument impossible de faire mieux dans ces conditions. Attention, je ne cherche pas d’excuses mais, outre mon problème de machine, je n’aime pas du tout la tournure prise par l’épreuve cette année : c’était beaucoup trop vite, quasi à fond partout, vraiment pas assez sélectif et même plutôt dangereux. Le circuit était à peu près le même que celui de l’an dernier, mais des chicanes avaient été supprimées, c’était nettement plus rapide. Pour effectuer six tours de douze kilomètres, que l’an dernier j’avais bouclé en 51’23, je me souviens, cette année j’ai mis 48’06. Ce qui fait du 90 de moyenne ! Je vais là-bas pour gagner, OK, mais aussi pour m’amuser, pas pour prendre tous les risques et me faire mal. Voyez l’accident qui est arrivé à Damien (Prévot) : plein gaz, à fond, une série de coups de raquette, droite-gauche-droite-gauche et hop ! Ejecté ! Il s’est fracturé la mâchoire, mais ça aurait pu être pire encore… Et il n’a pas été le seul à connaître pareille mésaventure. Non, incontestablement, les organisateurs n’ont pas pris la bonne direction sur ce coup-là. Leur épreuve est géniale, elle a un succès fou, j’adore, mais il faut revenir à la raison. Cela dit, comme ce sont des mecs super, intelligents, responsables, avec qui j’ai d’excellents rapports, ils avaient organisé un débriefing le lundi, auquel étaient conviés une partie des pilotes pro et l’on a pu, je pense, discuter de façon très constructive. Ils nous ont expliqué que, le nombre d’amateurs engagés ne cessant de croître, ceux-ci se plaignaient abondamment de la trop grande difficulté du parcours, ce qui les avait amenés à rendre le circuit plus roulant. Alors moi j’ai essayé de leur faire réaliser à quelle vitesse roulaient les pros sur un pareille autoroute et que, s’ils ne « ralentissaient » pas leur tracé, ils allaient assurément au-devant des pires ennuis. Qu’il fallait absolument qu’ils redessinent leur piste avec davantage de virages serrés, de chicanes, de sauts, bref que ça roule moins vite… Et je leur ai dit que, tout en étant fou dingue de leur épreuve et de leur région, je ne reviendrais pas l’an prochain s’ils persistaient dans la même voie. Les autres pilotes présents étaient tous d’accord avec moi et j’ai bon espoir que nous ayons été écoutés… Ce serait dommage qu’il en soit autrement, cette course est tellement super ! Voilà, au final je rentre d’Argentine moins « comblé » que l’an dernier, c’est évident. Mais, depuis ma victoire au Touquet, je l’ai déjà dit, je vois la vie sous un jour différent. Disons qu’avant tout, je suis comme soulagé : j’ai tellement tout donné pour y arriver… Je suis comme ça, je fais tout avec tout mon cœur, sans retenue. D’ailleurs, les gens le sentent bien : je suis rentré avant-hier, j’ai croisé dans la rue des personnes que je ne connaissais pas, qui m’ont félicité et même, c’est incroyable, m’ont remercié pour les bons moments que je leur avais fait vivre. C’est formidable, un tel sentiment d’émotion partagée ! Je le vois au niveau de mon entourage : cette victoire les a tous rendus follement heureux… Ça me donne envie de me remettre au boulot au plus tôt, c’est si bon de gagner ! ».  


 
Résultats
1. Felipe Ellis (ARG-Kawasaki) ; 2. Taylor Robert (USA-KTM) ; 3. Adrien Van Beveren (F-Yamaha) ; 4. Ezequiel Fanello (ARG-Yamaha) ; 5. Dario Arco (ARG-Suzuki) ; 6. Demian Villar (ARG-Honda) ; 7. Sebastian Sanchez (ARG-Yamaha) ; 8. Ivan Cervantes (E-KTM) ; 9. Daniel Nosiglia (BOL-Kawasaki) ; 10. Nahuel Krieger (ARG-Suzuki) ; 11. Javier Pizzolito (ARG-Honda) ; 12. Juan Viscarra (ARG-Yamaha) ; 13. Walter Nosiglia (BOL-Honda) ; 14. Marcos Guiral (ARG-Honda) ; 15. Luis Pighetti (ARG-Honda)…

Photos copyrights © EDV - Walter Zarabozo

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