Par Ganjaman - photos copyright Simon Cudby
La terre meuble d'Indianapolis a décidé du sort de la plus belle course de la saison, avec une bagarre dantesque entre les deux hommes forts de la catégorie 450, Ryan Dungey et Ken Roczen. Et encore une fois, c'est le pilote KTM qui en est sorti vainqueur.
Il arrive quelquefois dans la saison que la vraie star du jour soit le circuit. Précisément, c'était le cas à Indy. Non pas à cause d'un enchaînement de folie ou d'une série de whoops plus longue qu'à l'accoutumée, mais à cause de la terre. Une terre si molle qu'elle a fait apparaître des ornières plus profondes que des tranchées de 14/18, causant d'immenses problèmes à tous les pilotes, sans exception. Il n'y qu'à voir le nombre de crashs ou de drapeaux jaunes qui ont flotté sur la soirée de samedi soir !
En attendant, c'est bel et bien Ryan Dungey qui est une nouvelle fois sorti vainqueur de l’affrontement titanesque avec son meilleur ennemi Ken Roczen. Bien parti, RD1 a encore appliqué à la lettre sa nouvelle stratégie : attaquer d'entrée. Après s'être débarrassé de Justin Bogle de façon autoritaire, doux euphémisme, on pensait que le Dunge allait s'offrir un cavalier seul dont il a le secret. Mais c'était sans compter sur l'autre homme fort de cette soirée, Ken Roczen. On fire, le Kenny, qui après un départ franchement moyen s'est offert trois premiers tours de folie pour recoller aux basques de Ryan. Le duel des titans, cette fois, a bien pu avoir lieu. Car contrairement à la semaine dernière, où Ken n'avait pas réussi à montrer sa roue avant à RD, il la lui a collée plus d'une fois sous le nez ce coup-ci, parvenant même à prendre le commandement brièvement... Avant de se rater sur le terrible dragon's back avant la ligne d'arrivée, ce qui l'a obligé à enrouler le double et ainsi se faire repasser. À chaque fois, pourtant, qu'il s'est fait décoller, Kenny est parvenu à revenir dans l'Akrapovic du Dunge. Fort. Et encore une fois, la faculté de RD à enchaîner les tours sans trop d'erreurs lui a permis de prévaloir sur ce jeune freluquet d'allemand. Si seulement Kenny avait sauté le double d'arrivée, je suis persuadé que personne ne l'aurait revu... Mais on ne retiendra que la victoire de Dungey. Respect, en tout cas, aux deux protagonistes pour cette confrontation. Agressive, et pourtant absolument clean, de bout en bout. Ces deux-là font de sacrés bons ambassadeurs pour le sport, ça ne fait aucun doute. Et quelle vitesse ! Pour donner une idée du truc, ils terminent 29 secondes devant le troisième, et ont mis un tour au septième. Un certain Pourcel. Genre de domination...
Best from the rest, donc, Jason Anderson. Encore une fois. Déjà rapide en heat, où il a su contenir jusqu'au bout son partenaire d'entraînement RD1, JA21 est pourtant mal parti en finale, comme d'hab. Avant de se cracher dans les mains pour sortir une des ces remontées dont il est coutumier. En l’absence de Musquin, c'est bien lui le troisième homme. Sans compter qu'avec un bon départ, il est plus que capable de jouer avec les deux pré-cités. Le tout avec un style qui, perso, m'enthousiasme à chaque fois.
Meilleur résultat de la saison pour Trey Canard, avec une belle quatrième place. Toujours aussi saignant, le Canard. J'aime sa faculté à doubler en se glissant dans des trous de souris. D'ailleurs, son dépassement à l'exter sur son pote Bogle en heat est un modèle du genre. Bon, mieux vaut le faire sur Bogle que sur Friese ou Barcia, quand même... Bref, du mieux, mais on attend plus de Trey. Sauf que pour ça, il faudrait un bon départ. Qui tarde à venir...
Blake Baggett a tout changé sur sa moto ces dernières semaines, de son propre aveu. Il faut reconnaître que parfois, un nouvel élan, ça porte ses fruits. Mal parti lui aussi, il a fait sa course pour rentrer dans le top 5, certes aidé par la chute de Tomac. Mais quand même, très belle performance du BB, également vainqueur en semi.
Chad Reed a connu une soirée sans éclats. Mauvais départ, remontée correcte, sixième place. Une journée de plus au boulot, quoi.
Ah, plus intéressant, on a récupéré notre Chris Pourcel national après sa blessure aux vertèbres qui lui a fait prendre un peu de vacances. Du coup, il est revenu plein de bonnes intentions. Car après s'être mis une boite de folie aux essais, il est reparti pour claquer la pôle. Ce gars est vraiment trop fort. Avant de s'en remettre une vraie en heat, sur ce que je suppose être un calage. Oui, vous noterez la roue arrière bloquée en l'air. Inhabituel, quand on part sur l'avant, non ? Le réflexe veut plutôt qu'on mette à bloc, dans ce cas-là... Par contre, juste une chose : ON NE LAISSE PAS UNE MOTO PAR TERRE si on est en mesure de se relever. C'est un manque de respect pour les autres pilotes, les commissaires, son mécano et son team. Désolé, je digresse, mais j'avais ça sur le cœur depuis le visionnage de la vidéo. Bref. Bon départ en finale, pas de prises de risques, et notre CP a endurisé tranquille pour prendre une excellente septième place, quoiqu'en dise Gator. Pour un retour, c'est un retour gagnant. #àlaNadal
Justin Brayton, huitième. Soit, à peu de choses près, sa place quand il part correctement, ce qui a été le cas ici. Pas grand chose à signaler, si ce n'est la laideur de sa tenue Fly.
Eli Tomac aime les ornières, et se révèle généralement à son aise quand il y en a. Faut croire qu'il l’avait lui-même oublié. Ou que sa saison SX en entier est à oublier. Super bien parti, il s'est fait déboîter comme s'il n'était pas là par Roczen, avant de se la mettre tout seul comme un grand. Outdoor, outdoor, outdoor, outdoor...
Mike Alessi, dixième. Un nouveau top 10 pour MA800, qui a retrouvé ses départs ces dernières semaines. Ou comment claquer des performances en SX sans savoir sauter les gros enchaînements. Et vainqueur en semi, aussi. Solide.
Pour le reste, qu'est-ce qu'on a vu ? C'était soirée rétro, avec quelques belles machines à se mettre sous la dent. La Suz' usine, surtout, était magnifique. D'ailleurs, il y avait énormément de Suzuki, non ? Ah, c'était des Yamaha jaunes ? Bah à la télé, ça ressort pas comme ça. Feraient mieux de les faire en blanc, à la 90's...
Jake Weimer n'a pas fini la course, victime d'une attaque suicide de Barcia. Un tel découpage en règle que même un psychopathe comme JB51 a tenu à venir s'excuser auprès de Jake. Imaginez à quel point ça a du être sale. Peut-être a-t-il été aveuglé par l'horrible tenue de Weimer. En tout cas, c'est une piste.
J'ai bien aimé la figure de Peick en semi dans les whoops, digne d'un sketch de Benny Hill sur un vélo. Manquait plus que la musique.
On a enregistré le retour de Broc Tickle aux affaires. On s'en fout ? Oui, pas faux.
Plus gênant, on a encore perdu un James Stewart qui revenait à peine en forme. Blessé à la cheville aux essais. Outdoor, outdoor, outdoor, outdoor.
Et Jeff Alessi a de nouveau vaguement pris le départ de la finale pour empocher ses 2000 et quelques boules, avec la conviction du RMIste qui va toucher ses allocs. Oui, je sais, on dit RSA maintenant, mais ça marchait moins bien phonétiquement.
En 250, c'était retour à l'Est. Sans Justin Hill, toujours indisponible. Dès les heats il était clair qu'Aaron Plessinger, certes en vue mais pas transcendant depuis le début de la saison, sentait bien cette piste. Garder Malcolm Stewart derrière n'est pas une mince affaire. Content d'évoluer quasi à domicile, Plessinger s'est servi de sa grande carcasse et son background en GNCC pour surfer les ornières mieux que tout le monde, après un bon départ. Bon, je suis moins extatique sur ses mouvements de danse de célébration, mais peut-être suis-je trop old school. Bref, juste comme ça, il revient dans la conversation au niveau du championnat, juste dix pions derrière Lil'Stew. Not bad.
Malgré ce que je viens d'avancer, je crois fermement que Malcolm va sceller le deal. Sur une piste piégeuse, où tout perdre était simple comme un mauvais coup de gaz, MS a fait la course parfaite. Propre, 22 points au bout, et un pas de danse avec son nouvel ami. S'il parvient jusqu'au bout à éviter les fameuses Mookie mistakes, il sera le champion Est 2016. Et un beau champion. Bon, faut dire aussi que les autres font tout pour lui simplifier la tâche. Prenez Jérémy Martin. Pour une fois qu'il sort devant et est bien parti pour un podium, il s'explose sur l'enchaînement et casse le té au passage... DNF. À peine mieux pour ce bon vieux Davalos, lui aussi en route pour le podium avant de s'exploser sur le dragon's back. Il avait déjà mangé sévère en heat dans les whoops. Décidément, un léopard ne peut pas changer de taches.
Du coup, on a eu droit à la belle histoire du jour avec le podium de Gannon Audette. Qui fait partie de cette palanquée de pilotes passés par Star Racing un an (en 2011) avant de se faire jeter comme des malpropres. Depuis, c'était retour à l'anonymat et blessures. Un poignet à Dallas en 2012, une clavicule et un pelvis toujours à Dallas, toujours aux essais en 2013. Depuis 2014, le semi de Legends & Heroes, une attraction du paddock, promène bien sa brêle de course en course, rien de plus. Et voilà qu'intégré au team Pro-Circuit en remplacement de Tonus, GA holeshote, se retrouve un moment sixième, avant de revenir finir sur la boite. Comme quoi, il suffit parfois d'un peu de confiance dans ce sport. Imaginez qu'avec, à la base, Adam Cianciarulo, Tyler Bowers et Arnaud Tonus, c'est finalement Audette qui signe le premier podium de PC à l'est. Pour, à n'en pas douter, une poignée de fifrelins en bonus. Je me demande si Mitch préfère en rire ou en pleurer. En pleurire, sûrement.
À part ça, Bowers, justement, a encore été transparent. Pas beaucoup mieux pour RJ Hampshire, mal parti après être passé par le LCQ. Shane McElrath, mal parti, a fait le boulot.
Dixième place pour Soubeyras. Pas vu une image de lui de la soirée. Ça serait bien de faire péter le coup d'éclat avant la fin de la saison, encore faut-il pour cela claquer au moins un top départ. Pas le cas pour le moment.
Mon chouchou Benny Bloss a passé sa soirée par terre. Comme beaucoup d'autres, cela dit. Plusieurs fois au cours de la soirée, il y avait des motos par terre dans tous les virages. Et pas que celle de CP.
Mention spéciale à Darryn Durham, auteur d'une belle agression sur Paul Coates, l'Anglais, au dernier tour de la heat. Il ne l'avait peut-être pas vu à cause de ses cheveux, qui sait ?
Allez, on débranche internet jusqu'à la semaine prochaine, à Saint Louis. Soyez forts.