Texte & photos copyrights Valentin Guinberteau - Mx2k.com
Dans le microcosme du motocross mondial, ça n’est pas passé inaperçu ! Pensez, le garçon déboule en catégorie reine et, l’année où, c’est évident, le niveau a encore grimpé d’un cran, il s’installe d’emblée parmi les vedettes du MXGP, pointant au sixième rang après les trois premiers Grands Prix. Et cela le plus naturellement du monde, sans aucun complexe : pour lui, c’est juste normal ! Il est comme ça, Romain Febvre, à la fois cool et super déterminé, ne doutant jamais de rien.
On ne peut pas dire qu’il ait vraiment bonne presse parmi ses compatriotes et collègues pilotes de Grand Prix, sans doute parce qu’il ne partage pas le même parcours, les mêmes expériences, qu’il arrive de nulle part, un peu comme un cheveu sur la soupe. A cause de son caractère plutôt individualiste, également, peu soucieux du regard des autres, ce qui n’a pas manqué de créer quelques malentendus… Bah, pas de quoi fouetter un chat, mais c’est un peu dommage car Romain Febvre constitue sans conteste la meilleure surprise qu’ait pu connaître le motocross tricolore ces derniers temps !
Romain Febvre débute en classe MXGP et, paf, d’entrée casse la baraque (6/7 au Qatar, 3/4 en Thaïlande, 8/6 en Argentine). Quelque part, on s’attendait à ce qu’il soit très vite aux avant-postes car, d’une, on sentait bien qu’il serait aussitôt à son aise au guidon d’une 450 cc, lui qui avait déjà tâté de ce type de cylindrée en supermoto, même si le bitume du « SM » et les circuits de GP cross (fussent ces tracés 100% artificiels des GP overseas) n’ont que bien peu en commun, ensuite les épreuves de pré-saison, celles du championnat d’Italie en l’occurrence, avaient déjà laissé entrevoir une idée de la vitesse du néo-pilote officiel Yamaha. Mais à ce point-là : dès sa seconde apparition parmi les super gros bras, le Français frôlait le podium !
Raconte un peu les premiers GP…
« On peut dire que globalement ces premiers GP en 450 se sont bien passés, c’est vrai... On raconte que j’ai créé la surprise, en fait ce n’était pas prémédité, j’ai juste roulé le plus naturellement possible, comme je sais le faire, sans prendre de risques inconsidérés. Je suis d’autant plus content de mes performances que, on le sait, ça n’a pas été mon meilleur hiver, j’ai été blessé, j’ai perdu un peu de temps dans ma préparation, donc logiquement on peut espérer encore mieux…
Je dirai qu’au Qatar j’ai fait un bon Grand Prix, « normal » : 6/7, je pouvais prétendre à un tel résultat, je pense. J’ai manqué de vitesse pour aller chercher ceux qui roulaient devant, j’ai distancé ceux de derrière…
En Thaïlande, je suis bien parti en première manche et je me suis retrouvé troisième, du coup j’étais un peu tendu mais ça l’a fait. En seconde manche, un départ un peu moins bon, j’ai remonté plus difficilement, ensuite les leaders étaient loin devant, j’ai encore roulé seul et j’ai bien géré, je crois, en tâchant de ne pas faire d’erreur stupide car de toutes façons il n’y avait pas moyen de faire mieux, avec cette chaleur qui nous a tous fait souffrir. Même Villopoto, pourtant plus habitué à ce genre de climat, d’humidité surtout, en a bavé ! Une chaleur pareille, c’est déjà dur à supporter si tu n’as rien à faire, alors faire du sport… C’était vraiment éprouvant.
En Argentine, j’étais un peu déçu au soir de l’épreuve, c’est vrai. 8/6, c’est mon moins bon résultat en trois GP et pourtant j’avais la vitesse pour me battre devant. En première manche, je ne suis pas très bien parti, mais je suis vite remonté et je me suis retrouvé derrière Villopoto mais j’ai commis une petite faute tout seul, j’ai perdu l’avant et quelques secondes. Reparti sixième, j’ai ensuite fait une autre erreur, un peu court dans les vagues je suis sorti de la piste, j’ai dû passer derrière le virage et j’ai perdu deux places. J’étais déçu, bien sûr ! Je m’en voulais. En seconde manche j’ai dû m’élancer neuf ou dix, là encore je suis vite revenu sur ceux de devant, j’ai bagarré avec mon équipier et je finis six. Rien à dire, ça va tellement vite… Le circuit était top, un vrai circuit de Grand Prix ! Pour une première les organisateurs ont vraiment réalisé un bon truc. Le tracé, le cadre étaient super. Le grip un peu moins, mais ça c’était pareil pour tout le monde. C’était assez piégeux, dur et glissant sous une pellicule molle au-dessus, un peu comme du gravier ».
Tout le monde roule bien, tout le monde part super fort, tout le monde va vite et ne commet pas beaucoup d’erreurs, alors c’est très difficile
Tu es content, globalement, de ces résultats ?
« Le niveau dans la catégorie est tellement relevée cette année, je ne peux être que satisfait, c’est sûr, même si je m’en veux toujours pas mal quand je fais des fautes que j’aurais pu éviter, que je devrais éviter. Mon point faible, à l’heure actuelle, au vu des premiers GP, ce sont mes départs. Faut partir devant ! Tout le monde roule bien, tout le monde part super fort, tout le monde va vite et ne commet pas beaucoup d’erreurs, alors c’est très difficile. Pour faire vraiment fort, faut tout réunir, mettre toutes les chances de son côté, ne pas faire la moindre faute… Et partir devant ! ».
Que dire de ta découverte de la 450 ?
« Ma moto me va vraiment bien : on a beaucoup travaillé cet hiver avec le team. Malgré, une fois de plus, le temps perdu en ce qui me concerne durant l’intersaison, nous avons abordé les premières courses, puis les GP avec un matériel au point. Cette machine me convient bien telle qu’elle est, j’apprécie, je me sens bien dessus et je n’ai pas demandé des tonnes de modifications par rapport à ce que j’ai découvert en montant dessus la première fois.
Bien sûr, entre l’an dernier et cette année, tout a changé pour moi : cylindrée, catégorie, team, moto, pays, pneus, suspensions, rien n’est semblable à ce que je connaissais l’année passée ! Mais en réalité j ‘aime le changement, ça ne me déplaît pas. On dit toujours qu’on sait ce qu’on perd, pas ce qu’on va trouver mais, en intégrant un team comme celui auquel j’appartiens désormais, je savais que ça se passerait bien, que tout irait dans le bon sens. J’ai fait le bon choix, c’est évident, en rejoignant Yamaha et l’équipe de Michele Rinaldi. C’est une chance d’avoir été appelé par une structure pareille et je me suis très vite adapté. Toute l’équipe est composée de personnes fortes d’une expérience incroyable, ils savent faire et bossent tous dans la même direction, ils m’aident beaucoup, sans me mettre de pression. Ce sont des gens sur qui on peut compter, qui font ce qu’ils disent et le plus vite possible, c’est leur façon de travailler, entièrement tournée vers l’efficacité, c’est génial et je suis très heureux d’être avec eux, de faire partie de cette équipe. De connaître une expérience pareille pour mes débuts en classe MXGP.
On dit généralement que la Yamaha est une moto très agressive, méchante, pas évidente à piloter. Moi, je la trouve OK. A ce niveau, en GP, quand on fait partie d’un team usine, la moto est adaptée au pilote, les techniciens en font un peu ce qu’ils veulent et proposent à leurs pilotes la machine qu’ils désirent. C’est le cas chez Yamaha, j’ai une moto comme faite pour moi, on fait ce que je demande, même si je le répète, je n’ai rien demandé d’extraordinaire par rapport à la moto que j’ai découverte lors des premiers roulages ».
C’est très différent, la cylindrée supérieure ?
« Rouler en GP 250 ou en 450, ce n’est pas si différent. L’entraînement diffère un peu, on ne bosse pas tout à fait pareil, parce qu’il faut se préparer à la puissance, mais en gros il y a peu d’écart. Je ne suis pas plus fatigué à la fin d’un GP cette année que je l’étais l’an dernier. Je suis même un peu surpris : il y a eu un temps d’adaptation, mais bien plus court que je ne pensais ! Je m’attendais à souffrir un peu, en fait j’ai vite appris. C’est vrai, j’ai modifié un peu mon pilotage, je roule sans doute plus coulé, mais l’adaptation a été rapide et naturelle ».
Certains te jugent un peu limite, presque au-dessus de tes pompes…
« En réalité, moi je me trouve pas assez agressif en piste ! Il y a des moments où j’hésite avant de doubler, où je devrais peut-être me montrer plus tranchant… J’ai l’impression d’être sous contrôle, dans l’ensemble. De ne pas faire n’importe quoi. Bien sûr, débuter en catégorie 450, c’est un peu délicat, il ne faut pas s’enflammer, ça pardonne beaucoup moins qu’une deux-et-demie ! Faut toujours rester en mode contrôle, ne pas se précipiter, c’est si facile de faire une bêtise… Mais je pense que j’ai déjà montré que je m’en tire pas trop mal : en Thaïlande, la course la plus dure, c’est là que j’ai fait mon meilleur résultat ! ».
Tu apprécies les GP qui viennent, Arco, puis Valkenswaard ?
« Je ne suis pas super fan d’Arco : le tracé n’est pas mal mais la piste n’est pas préparée comme il faudrait, c’est trop béton, trop de cailloux, sur lesquels ils arrosent comme des sagouins, du coup c’est une patinoire, c’est dommage. Valkenswaard j’aime bien le tracé, là aussi, mais il faut dire que c’est de moins en moins un circuit de sable, de plus en plus on tape sur le dur sous la couche de sable, c’est moins bien qu’autrefois… ».
Quel est l’objectif, le tien ou celui fixé par ton équipe ?
« Il n’y a pas, je l’ai déjà dit, d’objectif précis. L’important c’est de faire le mieux possible. Pour le team, comme pour moi. J’aimerais bien prendre de meilleurs départs, je travaille la question avec les gens du team. Le reste, tout va bien. Ça oui, je voudrais bien partir devant ! ».
Tu t’es installé en Italie ?
« Non, je vis toujours en Belgique. J’ai déménagé, j’ai rendu l’appartement que j’occupais l’an dernier, qui appartenait à Jacky Martens et j’ai loué une maison près de Lommel. Bien sûr, je me rends régulièrement en Italie, mais le plus souvent je suis en Belgique entre les Grands Prix ».
On a vu ton coéquipier rouler en championnat de Belgique ou aux Pays-Bas, pas toi…
« Je ne participe à aucun autre championnat cette saison, juste le championnat du monde. En réalité, par contrat, on a droit à deux courses, au choix, dans la saison, en dehors des GP. Je n’ai rien prévu pour l’instant. Peut-être irai-je rouler une ou deux courses, en Belgique ou aux Pays-Bas, un peu plus tard dans la saison si j’en ai envie, ou si j’en éprouve le besoin, mais aujourd’hui rien n’est défini. Jeremy a eu envie, en rentrant de Thaïlande, de se redonner un peu de confiance en allant rouler en championnat des Pays-Bas, puis en Belgique, mais c’est son choix à lui, c’est tout ».
J’ai retrouvé une interview de 2012, je crois, où tu citais Ryan Villopoto comme un modèle. C’est amusant, cette année tu le côtoies en piste…
« Villopoto ? Les choses évoluent si vite… Bien sûr ça fait quelque chose d’évoluer à ses côtés, pas seulement à moi d’ailleurs, à tout le monde, je pense. Il a tout gagné aux US, on l’a vu à la télé remporter des courses, des titres, tous les honneurs possibles et imaginables… Mais ça ne change rien, en fait. Même si l’effet existe au départ, quelques instants, ensuite il devient très vite un adversaire comme un autre ».
Question à mille Euros : qui va être champion MXGP en fin de saison ?
« Pour moi, il n’y a pas de pilote au-dessus cette saison en MXGP : j’ai envie de dire, sans forfanterie, qu’on est tous bons ! Les années précédentes, les blessures ont en partie forgé le classement final, l’an dernier surtout. S’ils ne se blessent pas, des Nagl ou Desalle, on sait très bien qu’ils sont super vite et que s’ils sont OK jusqu’au bout ils peuvent être champions, ils en ont les moyens. Nagl, on l’a vu sur la Honda en 2014, quelle que soit la moto c’est un client. Il est fort. Mais tous les gars du top-ten et même un peu plus loin sont super motivés, tous veulent être devant, se montrer, monter sur les podiums, gagner des manches… Sans doute l’arrivée de Villopoto n’y est-elle pas pour rien, je pense. Et c’est super ! Six, sept, huit pilotes qui peuvent gagner, c’est plus intéressant qu’un ou deux, non ? Comme je disais, tous veulent gagner, tous peuvent gagner, ou au moins faire un podium. Je trouve ça top. Pour les spectateurs, bien sûr, mais moi ça me plaît bien aussi ! ».
Commentaires
Pour moi, il n’y a pas de
Pour moi, il n’y a pas de pilote au-dessus cette saison en MXGP : j’ai envie de dire, sans forfanterie, qu’on est tous bons ! Les années précédentes, les blessures ont en partie forgé le classement final, l’an dernier surtout. S’ils ne se blessent pas, des Nagl ou Desalle, on sait très bien qu’ils sont super vite et que s’ils sont OK jusqu’au bout ils peuvent être champions, ils en ont les moyens. Nagl, on l’a vu sur la Honda en 2014, quelle que soit la moto c’est un client. Il est fort. Mais tous les gars du top-ten et même un peu plus loin sont super motivés, tous veulent être devant, se montrer, monter sur les podiums, gagner des manches…
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