Supercross de Lille : Le bilan avec Fabien Izoird



Supercross de Lille : Le bilan avec Fabien Izoird

Par Eric Breton - Photos Valentin Guinberteau

Supercross de Lille : Le bilan avec Fabien Izoird

Une fois de plus, à Lille, Fabien Izoird a su tirer son épingle du jeu : septième le samedi, avant d’accéder au podium le lendemain, le pilote Honda SR-Motoblouz a brillamment usé de toute son expérience pour prendre de bons départs, échapper aux coups de grisou (le dimanche, au moins) et rester solide jusqu’au bout des dix-huit tours des finales. Nous l’avons attrapé en ce début de semaine afin de faire, ensemble, le point sur ce week-end pas comme les autres. 

« Disons que je n’ai pas trop mal roulé : j’aurais pu faire mieux, mais en vérité j’ai éprouvé comme une sorte de difficulté à me mettre vraiment dedans. La piste était assez spéciale, avec une terre molle, et je n’ai pas été convié au press day le vendredi. J’étais assez déçu d’ailleurs, car en ayant fini quatrième au général l’an dernier, j’espérais être « élu » pour y participer. Que les quatre Américains soient présents pour être présentés à la presse, tout à fait d’accord, que Chris Pourcel, Romain Febvre et Dylan (Ferrandis) y soient aussi, ce sont eux qui attirent les spectateurs et les médias, OK. Même chose en ce qui concerne Livia, mais Guillod, Simpson et Hsu y ont eu droit eux aussi pour la presse étrangère, aussi ai-je tendance à croire que j’y aurais eu ma place moi aussi, non ? Nous, les pilotes SX Tour, sommes toujours un peu considérés comme quantité négligeable et je trouve ça dommage. Nous constituons une bonne moitié du plateau et sans nous il n’y aurait pas d’épreuve, ou bien ce ne serait pas pareil, à cinq ou six derrière la grille… Déjà qu’on nous squeeze bel et bien lors de la présentation ! Bon, ce ne sont pas deux fois cinq minutes de piste le vendredi qui changent complètement la donne, n’empêche j’étais un peu vexé de ne pas avoir eu droit au press day. Bon, ça m’a permis de consacrer plus de temps à la réception chez Motoblouz, le partenaire du team, chez qui j’ai pu accompagner mes équipiers ! ».

Nous, les pilotes SX Tour, sommes toujours un peu considérés comme quantité négligeable et je trouve ça dommage.

« La piste était exigeante, sélective, il s’y créait des différences, comme on l’a bien vu lors de l’exercice de la Super Pole. J’ai trouvé le design très réussi, l’espace était mieux exploité que l’an dernier, même si ce n’était pas si différent, seule l’aire de départ ayant changé de place. Mais il est clair qu’il y avait du progrès par rapport à l’an dernier, ce qui est somme toute logique : après tout, c’est encore tout nouveau, Lille n’en est qu’à sa seconde édition. Le sol était très mou, la terre humide, aussi des ornières se sont vite créées et ça devenait même assez piégeux au fil des passages, en fin de manche. Mais, une fois encore, c’était d’autant plus sélectif. Sur une piste béton, ça aurait été tout autre chose… Et là, on l’a vu, ça doublait partout. Ce qui veut dire que c’était un bon terrain ! Seul bémol, le bac à sable : c’est la mode, je sais, mais je ne suis pas fan. En SX, tout est question de rythme et, ce passage sur une texture différente, ça casse le rythme, justement ! Bon, sur cette piste telle qu’elle était, grosso-modo les pilotes ont observé une certaine prudence : il y a bien eu quelques chutes, mais pas de gros pètes (je mets volontairement à part le crash de James Stewart). Nico (Aubin) en a pris une bonne, il s’est un peu froissé l’épaule, mais sans plus de gravité, heureusement ».

 

« Le public a répondu présent, il est venu en nombre et l’ambiance a été bonne tout le week-end, malgré les événements... A ce propos, la minute de silence lors de la présentation a été très impressionnante, un instant très solennel les deux soirs. A coup sûr le moment fort du show. Et le dimanche tout le public a chanté la Marseillaise… J’ai trouvé ça très beau. Le stade Pierre Mauroy est plus grand que le Palais de Bercy, c’est un plus pour la piste, mais au plan de l’ambiance, on « sent » moins les spectateurs qu’à Paris. Bercy, c’était le « chaudron » et, c’est certain, je regrette un peu Bercy. Le chaudron, le show, les coursives, tout ce qui a fait que Bercy était Bercy, tout ce qui a construit le mythe. Mais la page est tournée, c’est du passé : le livre est fermé, on n’y retournera pas. On a vécu d’incroyables moments à Paris et, il faut le dire, Lille n’a pas la magie de Paris. Mais c’est ainsi, on n’y peut rien et sans doute y a-t-il de magnifiques pages à écrire à Lille. On peut y croire ».

« Je dirai que du podium, on voit les choses différemment. Car j’ai eu la chance de monter sur le podium, le dimanche. A deux titres : ma troisième place en finale, mais aussi pour célébrer la victoire de la France au classement des nations, où nous l’avons emporté, une première depuis un bout de temps ! Christophe (Pourcel), Romain (Febvre) et moi avons battu les Ricains, eh oui. Personnellement, je n’étais jamais monté sur le podium d’une finale. J’avais réussi un meilleur classement sur l’ensemble des deux soirées l’année dernière, quatrième, alors que je ne termine que cinquième cette année, en revanche je n’étais encore jamais monté sur le podium ».

« Le samedi, j’étais très déçu : j’avais pris un bon départ en finale, mais j’ai été bloqué lors de la chute des Stewart et je me suis retrouvé à dache… James et Malcolm étaient côte à côte, j’étais juste dans leurs roues : James a sauté un peu haut, du coup il est parti trop large dans l’épingle et n’a pas pu virer comme il voulait. Arrivant à l’exter’ Malcolm lui a tapé dedans et moi je n’ai pu éviter Malcolm, ma roue avant coincée dans son silencieux. Reparti très loin, j’ai fait ma course, j’avais une bonne vitesse et j’ai remonté pas mal de pilotes, mais je n’ai pu faire mieux que septième. J’étais déçu, dans la mesure où j’ai bien compris que j’avais raté une belle occasion de réussir un bon coup : avec les deux Stewart out, Dylan aussi, ça faisait trois place facilement gagnées et je n’en ai pas profité… ».

« Le lendemain, d’un côté j’avais trouvé de meilleurs réglages, d’autre part la piste, si assez inexplicablement elle n’avait pas du tout séché, s’était « adoucie » : nous avions demandé à Cédric Lucas, toujours à l’écoute des pilotes, d’arrondir un peu les angles des whoops, vraiment méchants la veille, et il a entendu le message. Du coup c’était bien mieux, pour tout le monde : les pilotes au plan de la sécurité et un meilleur spectacle pour le public. En finale j’ai pris un meilleur départ encore que le samedi, mais j’ai eu comme un coup d’arrêt en voyant Simpson sortir de la piste… Un choc d’une telle violence, ça m’a coupé dans mon élan, une ou deux secondes peut-être. Heureusement, d’une part il n’a rien eu et moi je me suis repris : j’étais second derrière Pourcel et on avait creusé un bon écart d’entrée. Les Ricains m’ont rattrapé, puis passé, Webb, Peick et Malcolm, mais Webb s’est mis par terre, j’ai gagné un rang. Je voyais Valentin (Guillod), Cédric et Romain en bagarre revenir sur moi, par moments, mais je me suis focalisé sur Peick devant moi, je l’avais en ligne de mire et j’essayais de ne pas me faire trop décrocher. Puis Malcolm s’en est mis une énorme, j’avais encore gagné une place. En fait je ne savais pas que j’étais trois, j’ai juste commencé à compter les tours... J’ai levé la tête, plus que trois boucles ! Et là j’ai pigé que le podium me tendait les bras. Mais il ne fallait surtout pas se retourner : quelle pression ! Le sable, les whoops, les ornières : interdit de se louper. Au dernier tour, j’ai enquillé les whoops à l’arrêt pour être sûr de ne pas commettre l’irréparable. Arrivée : je fais trois, mais je n’y crois pas encore. Et puis au bout je vois Chris et Peick qui se sont arrêtés : c’est bien ça, je suis troisième ! ».

Alors on me dira que Ferrandis est tombé, Webb aussi, que les Stewart ne sont pas là, etc. Moi je réponds que les absents ont toujours tort : fallait pas tomber, je ne suis pas tombé. L’histoire s’est écrite comme ça et pas autrement, point !

« C’est un drôle de week-end, celui de Bercy, ou maintenant de Lille. D’abord, Lille, pour moi, c’est beaucoup de kilomètres ! Plus épuisant que n’importe quel autre supercross. Une course de prestige, qui attire tous les partenaires. Deux jours très longs et très courts à la fois. En fait, le timing est plutôt chaud : samedi soir et dimanche après-midi, ça s’enchaîne très vite, sans temps mort. Nous étions allés, comme je l’ai dit, chez Motoblouz le vendredi. Au stade, nous avons assuré deux séances d’autographes le samedi, une autre le lendemain. Tous les partenaires du team SR sont basés dans le Nord ou presque, certains en région parisienne (pour moi c’est le Nord !) : Kenny, C. Verte, Direct Impression, Etablissements Macquet, Rider Unik, Hexis et bien sûr Honda… ».
 
« La finale achevée, j’ai dû aller faire pipi pour le contrôle anti-dopage. Après ça, le temps de me changer, de charger, de dire au revoir à tout le monde, j’ai pris la route vers neuf heures moins le quart. J’ai branché le Coyote et huit heures plus tard j’étais chez moi : neuf cent cinquante bornes en Trafic en huit heures, pas mal ! Je me suis juste arrêté un quart d’heure pour prendre un McDo au drive, en l’honneur des USA qu’on venait de battre, histoire de les consoler un peu et j’ai mangé en roulant. En conduisant, je me suis refait la finale trois cents fois dans ma tête, quand le téléphone arrêtait de sonner. Ce qui n’était pas souvent le cas. Heureusement Carine a été une assistante efficace, secrétaire et copilote à la fois, ça l’a maintenue éveillée ».

« Pendant la saison de supercross, je garde mes deux motos, de course et d’entraînement, avec moi et je fais ma mécanique moi-même. Sur les courses le team me fournit un mécano, mais rentré chez moi je fais tout tout seul. Tellement seul que souvent je pars à l’entraînement tout seul, Carine étant occupée et n’ayant pas toujours un copain sous la main pour m’accompagner. C’est ma façon de faire, j’ai mes habitudes. Le team me fournit en pièces détachées, il s’occupe des sponsors et d’un tas de choses, mais chez moi je bosse moi-même sur les motos. Aujourd’hui lundi j’ai déchargé le matériel, je me repose un peu et je commence à préparer la mécanique. Demain je roule, mercredi aussi et jeudi matin je termine tout avant de charger et de prendre la route dans l’après-midi direction Lyon. Je monte en camper, je préfère, car dès vendredi matin il y aura les vérifs et la reconnaissance de la piste et le soir c’est SX Tour ! Un week-end important pour le titre… La semaine suivante, il était question que j’aille rouler en Allemagne, à Chemnitz. Là c’est voyage en avion et moto fournie sur place par le team Honda-Waldmann. Mais je ne sais pas encore si j’irai, car le lundi je dois être à Paris, au Salon de ma Moto… Ensuite, à lafin de la semaine, ce sera la finale du championnat SX à Montpellier. Et je pourrai passer quelques jours de vacances, tranquille, au moment des Fêtes. La saison, désormais, redémarre assez tôt, entre les meetings Inter de pré-saison et le championnat Elite… ».

Mais 2016 sera une autre histoire : on en reparlera en temps et en heure !